Désolée, Père Noël !

Le Père Noël , ce symbole de la laïcité, n’est vraiment pas un personnage très séduisant et je comprends que certains petits enfants se mettent à hurler quand leurs mères les asseyent de force sur les genoux d’un de ses sosies engagé à vil prix pour des raisons commerciales. Ah, chers amis lecteurs, même si j’étais dévorée par l’envie de refaire ma vie, ce qui, croyez-moi n’est fichtre pas mon intention, et que l’authentique Père Noël arrive en droite ligne du Pôle Nord dans son traîneau avec ses rennes et sa hotte pour demander ma main, je le renverrai sans barguigner, lui et son fourbi, rejoindre ses icebergs en train de fondre, même si j’avais la certitude que le 25 décembre suivant nos épousailles, je trouverais dans mes charentaises le Thermomix, l’aspirateur sans fil et le central vapeur, objets de mes rêves les plus fous.

Je n’ai rien d’un perdreau de l’année mais j’imagine mal  passer ce qui me reste à vivre avec un vieillard à la trogne bourgeonnante, à demi-cachée par une forêt de poils hirsutes, ses petits yeux à l’expression égrillarde voilés par des bésicles d’un autre âge !!! Et vous me voyez déambuler sur le port du Croisty, ou le remblai des Sables d’Olonne au bras d’un individu coiffé d’un bonnet parfaitement groesque et affublé d’une espèce de  robe de chambre couleur sang de bœuf, bordée de fourrure de lapin albinos !!! J’ai mon amour-propre, que diantre !

Et pourtant, à partir du 1er décembre ce personnage parfaitement hideux est omniprésent dans toutes les villes de France et de Navarre. Il est partout : dans les devantures, les mairies, les écoles, sur les journaux, les affiches, les panneaux publicitaires et LES CARTES POSTALES.

Lundi dernier, j’ai passé la matinée à chercher des cartes de Noël au super U de mon village. J’ai trouvé une gondole entièrement consacrée aux cartes de toute sorte, des cartes de remerciements, de félicitations, de condoléances et, surtout, une énorme quantité de cartes d’anniversaires – à croire qu’il y a eu un acmé de copulations en Mars – mais pas la moindre carte de Noël.

Grâce à l’obligeance d’une employée, j’ai fini par découvrir un présentoir consacré à l’objet de mes recherches. Souhaitant rappeler à mes petits-enfants l’origine de Noël , je cherchai vainement une carte représentant une crèche traditionnelle. Hélas, le politiquement correct étant passé par là, je ne trouvai que des sapins enguirlandés de décorations diverses, d’autres entourés de colis enrubannés, mais surtout un véritable essaim de Pères Noël : en pied, devant un sapin, entourés de cadeaux, de face, de profil avec leur hotte, sans leur hotte, à pied, dans un traîneau, mais pas une seule crèche.

Mardi , j’écumai les rayons d’Intermarché avant de tomber sur la même pléthore de Pères Noël, de sapins et de paquets enrubannés de faveurs multicolores. Bien sûr une grande surface aussi renommée ne pouvait se permettre d’être politiquement incorrecte. Mon dernier recours étant la Maison de la Presse, je m’y rendis incontinent et n’eus aucun mal à découvrir les cartes de vœux divers. Parmi les vœux de bonne année , de prompt rétablissement, de bienvenue et que sais-je encore, je finis par découvrir quelques cartes de Joyeux Noël et de Merry Christmas ( Il sied actuellement d’être bilingue) sans autres sujets que les jolies lettrines de l’inscription. Alors que je commençais à désespérer j’aperçus deux vraies cartes de Noël … enfin, si on veut.

L’une représentait un berceau en or dans un environnement extrêmement épuré, genre appartement témoin sans autre meuble que cette couchette incongrue dans laquelle reposait ce qui était censé être un nouveau né : un cercle minuscule émergeant d’une couette immaculée en provenance directe de Prénatal reposant sur la peau d’une pie noire Bretonne. Le cadre de l’autre était un peu plus rustique. De chaque côté d‘un moïse vide se trouvaient deux femmes voilées qui m’intriguèrent fortement jusqu’à ce que je réalise que l’une d’elle arborait une barbe noire extrêmement fournie comme en portent certains islamistes sur les photos anthropométriques. Délaissant le berceau en or peu orthodoxe, je me résignai à faire emplette de deux exemplaires de la Nativité quelque peu modernisé avec son Saint Joseph voilé et le même moïse que celui où ma sœur et moi avions passé les premiers mois de notre vie au siècle dernier.

Mes petits-enfants français  peu familiers avec l’Histoire Sainte ne trouveront rien de choquant dans le décor. Pour mes petits Polonais, il faudra vraiment que je trouve autre chose. En Pologne, le politiquement correct revêt un autre visage et presque tous les enfants savent très bien que  Jésus n’est pas né dans un appartement témoin et n’a pas été déposé dans un berceau en or reposant sur une peau de pie noire bretonne, ni même dans un moïse garni d’une couette de chez Prénatal.

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Le Noël politiquement correct

Les personnes qui s’indignent de voir des crèches dans des lieux publics, voire des arbres de Noël dans les écoles ou, mieux encore, celle qui suggère de mettre un porc dans la crèche pour «  faire plaisir aux musulmans » ( j‘ai lu et entendu une quantité incalculable de conneries dans ma longue vie, mais celle-ci fait reculer les bornes de l’imbécillité humaine), sont les mêmes qui s’empiffrent de tout ce qu’ils peuvent s’offrir dans les hypermarchés en l’honneur de cette fête éminemment chrétienne. Bizarre, non ?

Il faut avoir le courage de ses convictions, que diantre ! Du temps où j‘étais royaliste et chantais avec ferveur avec mes cousins plus jeunes une vieille chanson retrouvée dans les archives de ma famille ‘ le drapeau blanc’ *, je me gardais bien de participer aux réjouissances du 14 juillet . Chez ma grand-mère qui, pour de mystérieuses raisons, était bonapartiste, il n’était pas question de ripaille ce jour-là : nous mangions les inévitables haricots verts au catgut, l’affreux bœuf mode habituel, avec, pour dessert, les caillebottes unanimement détestées sauf par Bonne-Maman et son frère qui, par esprit de pénitence, prétendaient se régaler de tout ce que nous avions en horreur. Et je ne parle pas de l’abominable vin coupé d’eau qui m’a donné des maux d’estomac jusqu’à ce que je quitte définitivement ce qui était mon domicile légal.

Si donc vous êtes partisan d’ une laïcité rigoureuse et souhaitez être des citoyens modèles, si de plus vous n’êtes pas attachés à une tradition religieuse que vous jugez dépassée, reportez vos festivités au premier janvier. Vous ferez de substantielles économies et ne fatiguerez pas votre système digestif par un double apport de foie gras, de chapon bourré de lipides, de saumon norvégien d’origine douteuse, de Champagne plus ou moins frelaté et de bûche plus riche en calories qu’une motte de beurre. Au lieu de vous ruiner en cadeaux relativement minables deux fois à huit jours d’intervalle pour vos enfants, votre conjoint et éventuellement vos parents et beaux-parents, vous pourrez vous ruiner également, mais en offrant à vos chers petits la console de leur rêve et peut-être vous payer la télévision de deux mètres carrés qui vous faisait baver d’envie quand vous passiez devant le salon de vos voisins à la nuit tombante.

* « Le drapeau blanc fait frémir sur le trône,

De nos malheur, le funeste artisan.

Il en soupire, il frémit, il frissonne,

en revoyant sans le dire à personne,

le drapeau blanc, le drapeau blanc. »

Le funeste artisan, était Louis-Philippe, les augustes représentants de la République ne s’asseyant que sur de simples fauteuils, voire des chaises en provenance des Galeries Barbès. Et comme certains de nous étaient encore très jeunes , ils se tordaient de rire en imaginant le misérable usurpateur   ‘sur le trône’ autrement dit sur le siège des cabinets.

 

Conseils à notre Président

Cher Monsieur Macron , permettez à une très vieille dame de vous donner quelques conseils. Le pire grief que nourrissent les gilets jaunes à votre endroit est votre « hauteur », votre « dédain » pour vos interlocuteurs. Mon pauvre Monsieur Macro, vous rendez-vous compte que votre langage est trop policé*, votre Français beaucoup trop élégant. Je suis certaine que cette manière de vous exprimer ressort en fait de votre respect pour votre auditoire, mais dans votre innocence, une fois de plus, comme je l’écrivais dans mon précédent article, vous surestimez la culture d’une grande partie des Français et, en l’occurrence, de l’écrasante majorité des contestataires. Le Gilet Jaune n ‘est guère féru de littérature et son vocabulaire est limité. Les mots qui, pour vous ne sont que des termes bien ordinaires, comme « déliquescent », « objectif », «  réfractaire » sans parler d’ « obsolescent »ou d’  « aberration » relèvent pour ces excellentes personnes d’un jargon indéchiffrable. Alors, cher Monsieur Macron , il serait désormais plus approprié pour regagner votre popularité de n’avoir recours qu’à un vocabulaire limité, celui d’un enfant de six ans standard. Je sais que vous n’êtes pas aussi féru d’argot que je le suis, mais faites un effort, écoutez par exemple le langage fleuri de certains de nos rappeurs, lisez des policiers modernes, regardez un programme de télévision suffisamment trash. Parsemez éventuellement vos discours de « bouffons »**, de «  on va s’capter »,*** , « bâtard »****. N’exagérez pas tout de même vous risqueriez d’être mal perçu . Il n’est pas question de parler de votre  « meuf » en parlant de votre délicieuse Brigitte, ni même de semer vos discours de quelques solécismes couramment employés. Gardez vous, par exemple de parler de «  La politique à Hollande », voire «  si je serais Bayrou. » ou pire encore «  C’est nous qu’on est les meilleurs ! ». Les GJ ne sont peut-être pas férus de grammaire, mais il ne sont pas complètement idiots et certains d’entre eux risquent de comprendre que vous les singez, ce qui serait extrêmement fâcheux car cela serait la ruine de tous vos efforts.

Excusez mon impertinence, cher Monsieur Macron : je suis une arrière-grand-mère qui cherche sincèrement à vous aider. Bien affectueusement à vous.

*Pour les GJ qui me feront l’honneur de me lire un langage « policé » n’a rien à voir avec la police.

** à ne pas confondre avec la première personne du pluriel du verbe «  bouffer » ou avec les amuseurs de rois. Un bouffon est désormais quelqu’un qui n’est pas de votre avis, ou qui vous est antipathique

.*** se capter = se comprendre.

****. Un bâtard n’est ni un pain d’une certaine forme , ni un enfant né hors mariage ( ne s’emploie heureusement plus de nos jours) mais quelqu’un qui vous a fait une crasse ou simplement que vous ne pouvez pas encadrer.

Qui veut noyer son chien …

 

Je faisais un remplacement dans un petit collège de province et le conseiller d’éducation était intervenu chez les sixièmes lors d’un de mes cours, afin de les préparer au premier conseil de classe de l’année.

– Avez-vous à vous plaindre de quelque chose ? les interrogea-t-il au cours de l’entretien. Y-a-t’il quelque chose qui vous tracasse ?

Un des enfants, haut comme trois pommes avec une tignasse bouclée et un regard vif leva le doigt.

– Monsieur, le professeur de physique nous a insultés.

Il y eut un murmure d’approbation dans la classe et plusieurs doigts se levèrent.

– Oui, Monsieur, il nous a insultés, murmurèrent plusieurs voix.

– Vraiment ? Dit le conseiller d’éducation avec une gravité méritoire. Il avait une grande expérience des enfants. Que vous a-t-il dit ?

Le porte-parole de la classe , le petit bonhomme à la tignasse bouclée, consulta ses camarades du regard avant de s’écrier avec indignation.

– Il nous a traités de fumistes, Monsieur !

Ah, mes chers lecteurs et amis, cela ne vous rappelle rien ? Le pauvre petit qui ne maîtrisait pas encore la langue française avait sans doute confondu le mot « fumiste » avec « fumier » un des mots favori de mon père pour qualifier les politiciens véreux, ceux de ses clients qui ne réglaient pas leur facture, ainsi que les avocats marrons qui lui avaient fait perdre une importante somme d’argent.

Je suppose qu’avec votre finesse habituelle, vous avez deviné où je voulais en venir. Eh oui, mes chers amis, une grande partie de la France s’est sentie insultée lorsque Monsieur Macron les a traités de Gaulois réfractaires. Si ces pauvres gens avaient consulté Internet ils auraient été rassurés. Ils auraient découverts que nos ancêtres, enfin les ancêtres de la plupart d’entre nous, n’avaient rien de la soldatesque débraillée, moustachue, avinée, et grossière, image qu’a véhiculée la légende populaire. Certains aspects de la civilisation gauloise n’avaient rien à envier à la civilisation des Romains, leurs envahisseurs. Ils étaient d’excellents agriculteurs, de remarquables artisans et vignerons. Ils savaient apprécier le bon vin, rouge de préférence, ce qui de nos jours est plutôt considéré comme une qualité. Bref, si quelqu’un me traitait de Gauloise, je serais excessivement flattée, sauf si on faisait précéder ce vocable de « sale », ce qui n’est jamais très apprécié. Mais jamais Monsieur Macron qui est un homme bien élevé n’aurait employé ce qualificatif outrageant.

Voyons maintenant le mot « réfractaire ». Je ne vois pas en quoi il serait insultant, bien au contraire . Au cours de la dernière guerre les réfractaires était des héros qui au lieu d’accepter d’aller fabriquer des bombes en Allemagne s’engageaient dans le maquis. La terre  « réfractaire » est une excellente terre, qui résiste à de très fortes températures (cf Petit Robert) contrairement à celle de mon jardin qui n’a même pas été fichue de résister à la canicule et a tué tous mes rosiers. Réfractaire a pour synonyme «  rebelle » ce qui pour moi est très valorisant. Personnellement, je suis rebelle à l’intolérance, à l’étroitesse d’esprit, à la jalousie à la violence, à l’ inculture et à la connerie en général. Évidemment, si Monsieur Macron avait dit que les Français étaient  « réfractaires au travail » c’eût été une autre paire de manches ( même si ce n’est pas tout à fait faux pour une infime partie de la population) Mais il n’aurait jamais prononcé une chose pareille.

Quand le Général de Gaulle nous a traités de « veaux », personne n’a protesté. Le Grand Charles était comme la femme de César … et, bizarrement, c’est tout juste si la population ne s’est pas sentie flattée d’être comparée à un animal peu réputé pour son intelligence et son acuité d’esprit. Mais qu’y a t’il de plus mignon qu’un petit veau avec sa démarche maladroite et ses gros yeux reflétant une sérénité bovine rassurante. ?

Cher Monsieur Macron, ne surestimez pas les Français. Ne vous imaginez pas que tous sont bienveillants, cultivés, tolérants, satisfaits de leur sort, même s’il peut paraître enviable aux yeux de certains étrangers, et que l’ensemble de la population a le sens de l’humour. L’esprit français, jadis si réputé au sein des cours étrangères n’est, hélas, plus ce qu’il était. Croyez-moi, suivez le conseil d’une vieille dame désabusée : ayez plutôt recours à la flatterie et vous pouvez être sûr que cette fois, les plus bornés vous comprendront

On n’est pas pressé, on est en vacances !

 

S’il est une phrase qui m’exaspère, c’est bien celle-ci !!! Contrairement à ce que pensent certains de mes proches , je peux être d’une patience quasi-angélique. Mais quand je demande à quelqu’un dans une file d’attente si c’est bien lui le dernier, afin de n’usurper la place de personne et qu’il me répond en haussant les épaules :  «  On n’est pas pressé, on est en vacances ! » je vois rouge. Je ne suis pas particulièrement timide, mais j’ai été élevée très strictement et alors que je devrais lui répondre froidement : «  Eh bien , si vous n’êtes pas pressé ; comme je le suis, je vais passer avant vous » je me contente de murmurer : «  Connard *! » entre mes dents » afin qu’il ne m’entende pas.

^ : « Vous êtes bien tatillonne », me direz-vous. «  Cette formule n’a pas de quoi vous mettre dans un état pareil ! »

Eh bien si ! Comment cet individu peut-il avancer de tels a priori ? «  ON est en vacances » … Comment ce crétin sait-il si MOI, je suis en vacances ? D’abord j’habite ici depuis des années, mais malgré mon âge et vu l’aisance avec laquelle je me déplace, je pourrai continuer à gagner ma vie si ma retraite était insuffisante, ou si je n’avais pas trouvé de suppléant. Par exemple je pourrais être dame de compagnie, donner des leçons particulières, être médecin et n’avoir pas encore réussi à vendre ma clientèle, ou voyante ( je ne voudrais pas me vanter, mais je crois que je serais une excellente voyante) et pourquoi pas tenancière de bordel ( je sais, je n’ai pas du tout la tête de l’emploi, mais je suis quelqu’un de très accueillant et je sais dire bonjour, merci et au revoir en sept ou huit langues).

Et puis zut ! Ce ‘est pas parce qu’on est en vacances qu’on n’est pas pressé. Sapristi, on peut avoir un rosbif ou une tarte dans le four, avoir un rendez-vous, avoir laissé  un bébé seul avec son mari qui est loin d’être fiable, ou avoir oublié de fermer sa porte à clé. Les possibilités sont innombrables.

Après tout, les gens qui sont assez stupides pour lancer une phrase aussi grotesque adorent sans doute passer le meilleur de leur congé à faire le pied de grue devant une caisse en contemplant les chewing-gums, les pastilles pour la toux et les programmes de télévision étalés là pour les tenter , ou à examiner avec une curiosité plus ou moins malsaine le contenu du caddy de la personne qui les précède. Mais les gens plus avisés préfèrent certainement passer le maximum de leurs vacances sur la plage, à se faire bronzer, à se baigner ou à papoter avec leurs amies tout en regardant leurs enfants faire des pâtés. Chacun son goût.

*James Herriot, un de mes auteurs favoris raconte que la personne la plus mal embouchée qu’il ait connu était le fils d’un évêque ( anglican) . C’est un peu mon cas. Mon père n’était certainement pas évêque mais, sans doute comme ce jeune homme, j’ai reçu de la grand-mère qui m’a élevée une des éducations les plus strictes qu’on puisse imaginer. Zut était considéré comme un gros mot et sévèrement puni en conséquence. C’est pourquoi une fois que j’ai quitté la maison, j’ai évacué mes frustrations en parlant comme un charretier.

Comment éduquer son enfant en étant dans le vent

 

Étant une fervente adepte de Madame Edwige Antier, cette éminente pédopsychiatre, je vous conseille vivement de suivre ses diktats, ce qui ne vous empêchera pas d’améliorer ses méthodes en vous inspirant des progrès actuels en matière d’éducation.

Vous venez de mettre au monde le plus bel enfant que la terre ait jamais porté et vous voulez faire ce qu’il y a de mieux pour lui car vous désirez qu’il vous aime autant que vous l’aimez et qu’éventuellement il devienne votre bâton de vieillesse. Pour cela vous pensez que la meilleure façon d’obtenir un pareil résultat est de ne jamais le contrarier. Alors, je me permets de vous donner quelques conseils afin que vous puissiez réaliser un projet qui est moins facile qu’il n’y parait

Dès qu’il commence à pleurer, précipitez vous vers son berceau, prenez-le dans vos bras et promenez-le dans l’appartement jusqu’à ce qu’il s’endorme. Vous pouvez aussi essayer de le nourrir. Quand il ne coure plus le risque d’être étouffé par vous ou votre conjoint, habituez-le à dormir entre vous deux : vous n’aurez plus à vous lever en plein milieu de la nuit. De plus, si vous ne souhaitez pas lui donner un petit frère/ une petite sœur afin de disposer de davantage d’argent pour lui acheter des jouets et plus tard les vêtement de marque qu’il ne manquera pas de vous réclamer, cela constituera un excellent contraceptif.

Quand il aura l’âge de manger à table, ne le contrariez surtout pas s’il désire prendre ses repas devant la télévision. Et tant pis, s’il insiste pour voir ses dessins animés favoris ; vous pouvez bien vous passer de regarder les informations pour faire plaisir à votre bout de chou, non ?

Je suppose que, comme la majorité des enfants, il déteste les légumes ; alors pourquoi le forcer. Il adore le ketchup, inondez son bifteck haché de ce produit à base de tomate ; Il sera temps pour lui de manger des légumes quand il n’aura plus de dents.( Croyez-moi, avec toutes les sucreries dont il se gave cela ne saurait tarder)

Il n’aime pas les fruits, qu’à cela ne tienne : il aime le chocolat. Comme dessert offrez-lui une barre chocolatée survitaminée riche en fer et en magnésium. Ce sera aussi excellent pour son goûter après un petit pain brioché tartiné de nutella. Mais n’oubliez pas de passer chez le pharmacien afin de vous munir de suppositoires à la glycérine.

Par chance il aime les pâtes ; Comme c’est votre plat favori, vous n’aurez pas à lui offrir de menu particulier pour son dîner. Il mangera comme vous, mais devant la télévision ou cette fois il vous laissera regarder les nouvelles du soir. Très vite il restera scotché devant les attentats, les incendies et les courses-poursuites, les fusillades et les émeutes. Il deviendra accro sans tarder à ce genre de spectacle. Après tout c’est l’école de la vie . Il est bon qu’un enfant apprenne dès son jeune âge que le monde est rempli d’assassins et de délinquants en tout genre.

Prenez l’habitude de lui demander ce qu’il désire manger : vous éviterez ainsi les conflits à l’heure des repas et ce qu’il projette de faire le samedi après-midi : vous n’allez tout de même pas l’emmener se promener en forêt s’il préfère rester à la maison pour jouer avec la console que vous venez de lui acheter au lieu de vous payer une nouvelle paire de chaussures ; le pauvre petit.

Donnez-lui comme idéal la virilité des footballeurs, exaltez leur notoriété et leur richesse. Et s’il a la chance d’avoir de l’oreille, orientez-le vers une carrière de chanteur. Tout le monde sait qu’il n’est guère besoin de ses fatiguer pour faire ce métier : il suffit de se présenter à la Nouvelle Star et même s’il ne gagne pas, ce qui serait étonnant, il sera célèbre puisqu’il sera passé à la télévision

Si votre enfant est une fille, et qu’elle est plutôt jolie, appelez-la  toujours   » ma Princesse »  et traitez-la comme telle. Encouragez-la à être coquette ; photographiez la dans des postures de vamp, déguisée en star. Dites-lui que seul un Prince sera digne d’elle, encore qu’un réalisateur de cinéma ou un milliardaire ne serait pas mal non plus, vu la rareté des princes. Assurez-la que pour une femme, seule la beauté compte. Elle adorera ces propos si valorisants.

Quand votre enfant ira à l’école s’il arrive qu’il soit puni par un de ses professeurs, allez demander des comptes à ce misérable qui risque de traumatiser votre chérubin à vie. N’oubliez pas que c’est avec vos impôts que sont payés ces fonctionnaires de seconde zone.

Mais si , malgré tous vos efforts pour leur donner ce que vous pensiez être la meilleure éducation possible, votre enfant tourne mal , blâmez le gouvernement, le ministre de l’Éducation Nationale, la conjoncture actuelle, la malchance, vos beaux-parents et bien entendu votre conjoint qui ne s’est pas suffisamment occupé de SON fils ou de SA fille. Et pour une fois, tancez vertement votre rejeton en n’oubliant pas d’ajouter en pleurant et en vous tordant les main  : «  … APRÈS TOUT CE QUE J’AI FAIT POUR TOI !

Le pire fléau

Quand j’étais jeune, c’est à dire avant la guerre, il ‘y avait pas plus d’allocations familiales, de sécurité sociale et d’aide au logement que de R.M.I, de R.S.A et autres sigles prometteurs. Quelques familles favorisées étaient extrêmement riches et pouvaient se payer un nombreux personnel, d’autant qu’il n’y avait pas de prélèvemenst sociaux et que le salaire des gens de maison était absurdement bas. Les pauvres étaient extrêmement pauvres et il était relativement courant de mourir de faim ou de froid.

Actuellement les personnes ayant une voiture pourrie, habitant un HLM pourri dans un quartier pourri, et se nourrissant exclusivement de produits en promotion dans les supermarchés dont du saumon de Norvège mariné dans la saumure, pour les fêtes de fin d’année, peuvent être considérées comme en-dessous du seuil de pauvreté alors que, pour les gens défavorisés de la génération de mes parents, posséder un véhicule, si délabré soit-il, restait du domaine du rêve, avoir une salle de bains et des WC individuels et manger du poulet de batterie et des yaourts à la limite de la péremption aurait été l’opulence.

Habitués à être assistés dans pratiquement toutes les circonstances de la vie, beaucoup de Français se livrent couramment à ce qui est devenu un sport national : les jérémiades. Les mêmes personnes qui hier se plaignaient du mauvais temps geignent aujourd’hui parce qu’il fait trop chaud. Et tout ce qui leur arrive est immanquablement de la faute du gouvernement, des institutions ou de quelqu’un en particulier. Même les catastrophes naturelles ont des responsables : le préfet ou le maire qui n’ont pas pris des mesures pour les protéger des inondations, de la foudre où des ouragans. Les cambriolages, les vols à la tire et autres délits sont bien entendu la faute de la police qui n’est pas assez vigilante. Les accidents de la route ne sont jamais dus à leur distraction, aux petits verres de trop consommés au restoroute, ou à leur vitesse excessive, mais au connard qui a dû avoir son permis dans une pochette surprise.

Mais qui peut-on blâmer en cas de canicule, dites-moi ? À qui peut-on demander des compensations ? Au gouvernement qui devrait faire installer des ventilateurs dans tous les logements mal exposés ; au préfet qui aurait dû prévoir cet état de chose et distribuer des pulvérisateurs d’eau chez les personnes âgées ;  au maire dont ce serait le devoir de mettre un bâtiment pourvu d’un moyen de réfrigération où ses administrés sensibles à la chaleur pourraient venir se réfugier ? Non mais vous rêvez !!!

Remarquez qu’en l’occurrence on ne peut même pas s’en prendre à soi-même ; alors qui incriminer ? C’est là la question, comme aurait dit ce vieux Shakespeare. Et comme, pour un Français, il n’est rien de pire que de ne pouvoir accuser personne de ses malheurs, je peux affirmer que la canicule est notre pire fléau.*

* Un sophisme est un raisonnement conforme aux règles de la logique, mais aboutissant à un résultat faux. ( Cf : le Petit Robert )

Un accouchement difficile

Chers lecteurs et amis, vous devez vous demander pourquoi mes articles se font si rares. La raison en est que j’ai commencé à écrire un énième roman qui mijotait dans ma tête depuis plus d’un an. Jusqu’à cette année, il me fallait en moyenne un mois et demi pour pondre un livre. Je pouvais passer une matinée entière devant mon ordinateur sans que personne ne me dérange. Mais cette année, je m’estime heureuse si je peux aligner une demi page dans ma journée.

Je ne tire pas le store de mon velux afin d’être réveillée par la lumière, mais j’ai beau me lever à six heures et demi pour faire mon petit déjeuner, je ne suis jamais prête avant neuf heures, voire neuf heures et demie. Après, il faut que j’arrose mon jardin qui n’est pas grand, mais cela me prend une bonne demi-heure. Je profite de l’émission de Julien Courbet que j’adore pour éplucher mes légumes, c’est alors que commence une série de coups de téléphone … Ah les coups de téléphone !!! La sonnerie retentit généralement lorsque je suis sous la douche et que je viens de me savonner ou encore lorsque j’ai juste versé de l’huile dans la poêle. Dans le premier cas je manque de me casser la figure en sortant de la baignoire et j’inonde mon appartement d’eau savonneuse ; dans le second l’huile brûle et répand une épaisse fumée dans la pièce, rendant l’air irrespirable. Mais là je suis lavée et habillée j’ai de la chance … enfin, si on veut.

– Dring. ( je décroche) Un temps de silence, puis une voix traînante en provenance de Tombouctou ou de Douala : «  Ma-da-me, vous êtes bien Madame Lu… » Je raccroche et retraverse la pièce pour me remettre à équeuter mes haricots verts.

Re-Dring  ( je redécroche): «  Vous êtes bien Françoise L…

Moi (ton revêche ) – Oui ?

– On vient de relever une erreur dans votre dossier médical…

-Moi ( goguenarde) Pas possible … Escrocs ! ( Je re-raccroche ).

Je termine mes haricots verts. Julien Courbet a changé d’interlocuteur entre-temps et je n’y comprends plus rien. Tant pis : de toute façon je ne l’écoutais pas, j’essayais de trouver ce que mon personnage principal allait bien pouvoir faire. Je mets machinalement une casserole d’eau sur la plaque de cuisson et la passoire contenant les haricots verts sous le robinet. Je vais enfin pouvoir écrire. Je m’assieds devant mon ordinateur que j’allume et ….

Dring, Dring ….Cette fois cela ne peut être qu’une de mes enfants. Je me lève et décroche pour la énième fois. Une voix suave :

-Je me présente , je suis Sophie de Partougel » … Sophie de Partougel ? …Connais pas. J’ai quelques relations dans l’aristocratie , mais je n’ai jamais rencontré ni même entendu parler d’un ou d’une Partougel . Que me veut donc cette mystérieuse inconnue ?

-Oui ?

-Madame L Je viens vous annoncer une bonne nouvelle : nous avons le plaisir de vous offrir un de nos chapons surgelés avec 50% de réduction

Je raccroche sans même dire au revoir à Sophie de Partougel qui m’a dérangée en pleine création ( ou plutôt attente de création ). Qu’est-ce que je pourrais bien faire d’un malheureux poulet qu’on a cruellement privé de ses attributs les plus précieux afin qu’il devienne obèse ? Je suis seule : je n’ai pas envie de manger du chapon pendant un mois ! Et nous sommes en Juin. Même si on me donnait ce  pauvre animal, je n’ai pas envie de bloquer la totalité de mon minuscule congélateur pour garder ce volatile jusqu’à Noël. Qui a envie de se goinfrer d’ une bête aussi grasse lorsqu’il fait 25° à l’ombre ?

Un quart d’heure plus tard : Toc, toc !

Mon héros ne sait toujours pas ce qu’il va faire pour relancer l’intérêt de mes futurs lecteurs, ni moi non plus d’ailleurs.

 

-Qui est là ?

-C’est l’plombier !

Non ce n’est pas le sketch de Fernand Reynaud, c’est vraiment le plombier qui vient me porter une facture. Je cherche désespérément mon carnet de chèques et commence à écrire … Zut, ce n’est pas le bon carnet de chèque….

Le plombier est un copain qui vient toujours immédiatement à ma rescousse quand j’ai des problèmes matériels comme un robinet qui fuit, une panne d’électricité inexplicable, ou ma chaudière qui explose le matin de Noël. Je lui offre un thé et nous bavardons quelques minutes. Quand il est parti, je m’aperçois que je meurs de faim, si bien que je prépare mon déjeuner ( salade, œufs durs, haricots verts) et me remets à mon ordinateur en attendant que cela cuise. J’ai juste le temps d’écrire deux phrases ( nulles) quand le bruit de l’eau qui déborde me fait accourir dans ma kitchenette. Ce n’est pas ce matin que je finirai ce foutu chapitre 4.

L’après-midi, je vais marcher et me baigner quand je ne joue pas au Scrabble ou au bridge mais il y a les anniversaires à souhaiter. J’ai vingt-trois descendants sans compter les conjoints que j’aime beaucoup mais auxquels je n’envoie ni chèques ni vœux : à leurs familles de s’en occuper ! Il y a aussi le courrier à classer ou à mettre dans ma caisse de récupération (en compagnie des bouteilles en plastique et des boîtes de conserve ), les factures, les relevés de sécurité sociale et les demandes de dons.

Ah, les demandes de dons ! Je n’ai pas plutôt expédié un chèque à une association qu’on m’en envoie une nouvelle. Je reçois au moins une douzaine de demandes dons par semaine Je les ouvre au cas où ce serait un reçu fiscal, mais ce serait trop beau . Les expéditeurs ont le culot de me solliciter afin que je leur fasse un prélèvement mensuel d’un minimum de 30 euros et mieux encore que je les couche sur mon testament tout cela afin de me faciliter la tâche !!! Ils ne manquent vraiment pas d’air : me faciliter la tâche ! Je t’en fiche !

À 18heures je suis épuisée et j’ai faim ; rappelez-vous que je suis une très vieille dame. Étendue confortablement sur mon canapé, je déguste lentement un bol de céréales bio, sans sucre ajouté, en regardant une de mes émissions préférées ( je n’ose pas vous dire laquelle de peur de baisser dans votre estime), puis celle qui suit en mangeant deux petits paquets de crêpes dentelle et quelques fruits. Je n’ai pas la moindre envie de me remettre à mon ordinateur : ma journée est terminée.

À raison d’une demi page par jour, j’ai calculé que ce foutu roman sera fini au mieux en mars 2009, et encore si mes héros se réveillent un peu. Je vais peut-être en tuer un pour mettre un peu d’action. Mais lequel ? « That is the question »

Trop polie mais honnête

Je suis en colère ! Pourquoi faut-il que je fasse toujours preuve de courtoisie envers des gens qui n’en valent fichtrement pas la peine. J’aime mieux vous dire que cela ne me porte jamais chance.

Il y a plusieurs années, une amie m’a demandé de la conduire en urgence à la clinique PARCE QU’ELLE N’ARRêTAIT PAS DE VOMIR. Elle était en début de grossesse donc cela n’avait rien d’étonnant. Sapristi, quand j’attendais mon premier enfant, après m’être retenue du collège jusqu’à mon immeuble, je décorais d’un jet puissant ma porte d’entrée en fouillant dans ma sacoche à la recherche de ma clé. Et ce n’était qu’un épisode dans ma journée fertile en régurgitations d’importance variable. Mais elle était si insistante que je l’embarquai incontinent dans ma voiture en compagnie de son aîné qui n’avait pas encore un an. Mal m’en a pris car dans ma précipitation je suis sortie d’un stop juste comme un chauffard arrivait à vive allure. À l’époque j’étais bien trop fauchée pour m’offrir une assurance tout risque et je payai très cher mon imbécillité.

Il y a quelques mois, je me suis fait copieusement vilipendée pour mon impatience à la caisse d’un supermarché par une horrible famille : Papa, Maman, Pépé, Mémé, Tonton, Tata un petit merdeux et sa chipie de sœur, qui se pressaient devant la caisse alors que je tentais de vider mon caddy afin de ne pas faire attendre l’homme qui était derrière moi. Ce mufle eut l’ingratitude de se liguer avec mes agresseurs au lieu de me défendre.

– Mais je n’étais pas pressée du tout, protestai-je avec indignation. Je voulais juste ne pas vous faire attendre.

Le misérable éclata d’un rire gras.

Même la caissière lâchement prit parti contre moi. Que pouvais-je faire sinon supporter cette avanie en silence ?

Mais il est temps que je vous explique la raison de mon courroux. Ce matin, je me suis rendue à la poste pour expédier mon dernier roman à une de mes plus fidèles lectrices. Comme je déteste faire des paquets, j’achète généralement un emballage au guichet. Après avoir patiemment attendu qu’un vieillard s’enquiert de l’état de son compte, je fis emplette d’une large enveloppe sur laquelle j’avais juste à écrire l’adresse de la personne, ce qui ne m’aurait pris qu’une demi-minute. La postière m’avait d’ailleurs gentiment indiquée que je pouvais m’appuyer sur le comptoir pour ce faire. Mais à ce moment j’avisai une élégante cliente qui tenait des documents à la main et paraissait pressée. C’est alors que je fus saisie d’un de mes absurdes accès de courtoisie.

-Vous n’avez qu’à vous occuper de cette dame pendant que j’écris l’adresse dis-je sottement à l’employée.

Quelle imbécile ! Non mais quelle imbécile ! Juste comme je me dirigeais vers une table où je serais à l’aise pour faire mes petites affaires une soudaine envie me prit à la gorge,( Oui, oui, je sais, cela vous parait certainement bizarre, mais j’adore cette expression chère à un ancien  camarade étudiant ) alors que pour la satisfaire il fallait que je franchisse à pied le kilomètre qui me séparait de mon domicile, que je monte pas moins de 14 marches et que je parvienne à ouvrir ma porte après avoir fouillé cinq minutes dans mon fourre-tout pour trouver ma clé. Heureusement que la cliente n’en avait sans doute pas pour longtemps.

Pas pour longtemps, tu parles  !!! Avec horreur je la vis se diriger vers l’affranchisseuse automatique, suivie de la caissière. Après de mystérieuses manipulations qui au bout de cinq minutes se révélèrent infructueuses, les deux femmes regagnèrent le guichet où la postière s’affaira sur son ordinateur pendant dix autres minutes. Elle releva enfin la tête toute souriante pour se perdre en propos parfaitement oiseux avec sa cliente . C’est là que la moutarde commença à me monter au nez. Je fixai la postière dans les yeux et brandis mon colis en sa direction avec une grimace expressive. Au lieu de s’excuser, elle m’administra le coup de grâce en m’apostrophant avec des accents de harengère.

– Vous n’avez qu’à attendre votre tour, je n’ai pas fini de m’occuper de Madame !

Vous comprenez, maintenant pourquoi, malgré mon égalité d’humeur habituelle je fais preuve d’autant d’aigreur. Foutue courtoisie !

Une pléthore de jouets

Tous les après-midi j’allume ma télévision à 17h40 pour regarder « chasseurs d’apparts ». Passionnée de psychologie comme je le suis cette émission m’enchante : c’est une véritable étude anthropologique. Le Français moyen y est représenté sous tous ses aspects mais il y a aussi les enfants. Ah les enfants ! Ils ont bien changé en quelques décennies. Bien sûr il y a les tout petits que leurs mères exhibent fièrement devant la caméra – j’en aurais certainement fait autant si j’en avais eu l’occasion- Ils sont tous craquants ; mais je suppose qu’on ne les montreraient pas si les pauvres petits étaient affligés d’un strabisme prononcé ou avaient un nez comme un rutabaga.

Il y a des adolescents comme on en voit peu de nos jours : souriants, polis et visiblement intelligents : ceux que les parents sont fiers de présenter au public, mais il y a l’abominable enfant-roi, la ravissante pimbêche, la mijaurée avec son air désabusé, bref, le genre de gamins qui vous donne envie de subir, suivant votre sexe, une vasectomie ou une double ovariectomie. Mais aujourd’hui ce n’est pas mon propos.

Ce qui me frappe de plus en plus c’est l’incroyable quantité de jouets qui encombre les logements abritant des enfants en bas âge. Les jouets de mes quatre aînés tenaient dans un carton de dimension modeste et pourtant ils s’amusaient ! Avec une boîte de cubes basiques ils construisaient des maisons, des garages, des ponts et autres édifices. À cinq ans Dominique, l’aînée, adorait inventer des jeux pour ses frères et sœur. C’était la seule à avoir vu une émission de télévision chez des voisins de ses grands-parents . À l’époque nous ne possédions pas encore de petit écran et la seule radio que nous avions était une vieille TSF verte avec des parements dorés et un hublot lumineux  où on pouvait lire les différentes stations. Dominique faisait asseoir ses trois cadets sur leurs petits fauteuils et prétendait qu’ils regardaient l’émission « Bonne nuit les petits » dont elle répétait les dialogues qu’elle avait retenus. Il y avait aussi les conversations téléphoniques se réduisant généralement aux mêmes phrases : «  Bonjour, ça va ? », Oui, ça va, au revoir », mais cela pouvait durer longtemps. Bien sûr ce n’était pas très varié mais cela suffisait à mes bouts de choux dont la plus jeune n’avait que deux ans.

Venu longtemps après les autres mon petit dernier jouait tout seul pendant des heures avec ses playmobils, ses légos et une dizaine de petites voitures, où bien il nous invitait à des séances d’imitations très réussies pour un petits garçon de sept ans. Jamais aucun de mes enfants n’est venu me trouver en pleurnichant pour se plaindre qu’il s’ennuyait.

Mais revenons à nos moutons. L’autre jour mon émission favorite était consacrée à des parents de trois jeunes enfants qui occupaient un charmant appartement de cinq pièces mais qui voulaient acheter une maison beaucoup plus vaste parce qu’ils ne pouvaient plus circuler chez eux, tous les espaces libres étant occupés par les jouets de leurs gamins !!!

Les malheureux ( les pauvres crétins plutôt) nous montrèrent complaisamment leur installation. Effectivement il y avait des jouets partout y compris dans les W.C. La table de salle à manger disparaissait sous les puzzles, les jeux de société, les boîtes de peintures, les voitures, les canards en plastique et que sais-je encore. Il était impossible de mettre les pieds dans les chambres sans manquer de se casser la jambe en butant contre un camion de pompier, un gangster, une grue, un garage, un chien ou un accordéon. Les lits était jonchés de peluches, certaines grandeur nature. Sapristi si les parents avaient économisé le prix de ce foutoir, ils auraient pu faire un voyage autour du monde en famille en étant hébergés dans d’honnêtes trois étoiles . J’étais sidérée, je n’avais jamais contemplé un tel étalage, même jadis aux Sables d’Olonne au « Nain Bleu » ( re-nommé le « Lutin Bleu » par souci du politiquement correct) : ce magasin qui avait tant fait rêver mes enfants).

Vint la visite des trois appartements présentés. Nos braves parents vinrent en compagnie de la Princesse, l’aînée et la seule fille. La Princesse était ravissante avec ses bouclettes blondes, son regard bleu et son sourire ( faussement ?) innocent. Les parents soupiraient d’aise en contemplant cette merveille qu’ils exhibaient fièrement. Ils avaient laissé les deux frères à la maison ( Il est vrai qu’ ils n’étaient pas terribles ). C’était La Princesse qui décidait de tout et qui s’attribuait sans vergogne les chambres qui lui plaisaient.

– C’est celle-là que tu veux, ma princesse ? bêlait le père avec un sourire imbécile

– Elle sait ce qu’elle veut, approuvait hypocritement l’agente immobilière pensant à sa commission.

Les trois appartements avaient été occupés par des enfants car leurs chambres contenaient une pléthore de jouets aussi encombrants qu’inutiles. Les pièces roses amoureusement décorées pour des nymphettes en herbe regorgeaient de fées, de princesses, de reines des neiges et autres babioles qui font des malheureuses gamines de futures candidates pour la télé-réalité.

Les clients de ce jour-là choisirent la maison la plus vaste. Pensez-vous ! La Princesse et ses frères auraient non seulement une grande chambre chacun mais, une vaste mezzanine ( qui avait été la chambre d’amis pour les précédents propriétaires) pour eux tout seuls plus vingt-cinq mètres carrés de combles aménagés qui serait leur salle de jeux .

Quand Mémé viendra en visite, je suppose qu’ elle couchera dans le garage…